Notre voyage aérien magique

De Chambord à Blois, un voyage extraordinaire en montgolfière


Lorsque le réveil a sonné à 5h ce matin-là, c'est sûr, ça piquait un peu. Le rendez-vous à 5h45 nous laisse juste le temps d'avaler un petit-déjeuner léger. Les enfants ont du mal à émerger. Allez hop la jeunesse, vous allez vivre une belle aventure, c'est promis ! Et nous voilà partis au lieu de rendez-vous donné par Mickaël, notre pilote aérostier, avec lequel nous échangeons des SMS depuis 48h en attente d'une météo favorable. Le vol a été confirmé hier.



Un étonnant équipage nous attend au port de la Creusille à Blois où l'on se retrouve tous les 4 avec 3 autres passagers emmitouflés. Il fait frais ce matin. Le soleil n'est pas encore levé, les lumières de la ville éclairent le 4x4 auquel est accroché un imposant panier surmonté d'un curieux petit bonnet. Nous découvrirons tout à l'heure ce matériel aussi simple qu'efficace pour nous élever dans le ciel. La Loire toute proche coule tranquillement, quelques oiseaux picorent sur les bords du fleuve, ses îles sont encore dans la pénombre tandis que la ville scintille dans les reflets du fleuve.

Mickaël nous salue, il nous connaît tous car nous avons échangé par téléphone pour finaliser notre vol. Il fait les présentations. C'est vrai que nous allons passer près de 3h ensemble, autant faire connaissance tout de suite. François, son équipier nous fait grimper à bord du 4x4. Mickaël vient de décider d'où nous décollerons ce matin. Le sens du vent a changé. Il nous explique que le dernier point météo à 4h ce matin lui permet d'envisager un vol "sympa". Mais il nous laisse la surprise, on ne sera pas déçu.



Nous ne sommes pas du coin. Nous passons quelques jours de vacances dans le Val de Loire, à la découverte des châteaux, du plus beau des zoos et du patrimoine naturel de la région. On est dans un espace classé par l'Unesco tout de même ! En même temps, organiser des activités qui plaisent à toute la famille est difficile. Le vol en montgolfière proposé par l'office de tourisme a aiguisé notre curiosité. les Compagnons-du-Vent se démarquent des concurrents par leur approche culturelle : comme nous le constaterons avec plaisir, notre pilote connaît sa région sur le bout des doigts, passionné d'Histoire et de Nature il rend intelligible le paysage survolé.

Décollage merveilleux pour un voyage enchanté


Un quart d'heure en 4x4 qui finit de nous réveiller tout à fait et nous arrivons à Suèvres, joli village connu pour ses beaux moulins. Nous le traversons pour rejoindre le plan d'eau où quelques bateaux attendent leurs marins d'eau douce. C'est maintenant que les choses sérieuses et incroyables commencent : Aidé de son équipier et de nos bras volontaires, Mickaël installe la nacelle au sol. L'énorme sac dans lequel se trouve l'enveloppe attend patiemment son tour. Un petit briefing de sécurité pour apprendre à grimper dans la nacelle, la position de sécurité au décollage et à l'atterrissage. Ça y est, nous sommes à fond. Vient le moment de sortir l'enveloppe. Si les enfants avaient encore un doute sur l'intérêt de l'activité, celui-ci est définitivement levé ! C'est fou de voir l'immense enveloppe s'étaler dans l'herbe humide de rosée. Mickaël a fait un test de son brûleur, ouah!!! quand on n'a jamais vu ni entendu une montgolfière de sa vie, l'effet est saisissant.



C'est le moment du gonflage, chacun a son poste. Le ventilateur d'abord puis la chauffe avec les brûleurs. Ce n'est plus une immense nappe colorée au sol qui nous impressionne, mais un monumental ballon de plusieurs dizaines de mètres qui s'élève en quelques instants devant nous ! Nos yeux s'écarquillent, les enfants sont émerveillés. Et nous voilà embarqués. Nous n'avons pas encore de repères et savons à peine où nous sommes. Mickaël chauffe fort l'enveloppe qui s'éclaire comme un gros lampion alors que le soleil se lève à l'horizon. Les couleurs douces de l'aurore teintent la nature de sable rosé et de verts tendres. Ca y est, on décolle.



Paré au décollage ?

Tranquillement le ballon s'élève, et la magie opère instantanément. le plan d'eau est un miroir à deux pas de la Loire cachée au sol par un rideau d'arbres. La montgolfière se reflète dans l'eau immobile du petit matin. Superbe. A mesure que le ballon prend de l'altitude le paysage se déploie à perte de vue. Les champs en culture forment un tapis coloré. Nous nous dirigeons vers le fleuve et ses petites îles, nombreuses à cet endroit.

Grâce à Mickaël, nous observons dans l'enchevêtrement des branches et des buissons une hutte de castor. Le ballon n'est pas trop haut, 200-300mètres peut-être, une altitude idéale pour l'observation des oiseaux sans toutefois les déranger. Ici c'est le paradis des aigrettes garzettes, du héron cendré, des sternes Pierregarin et du Grand Cormoran. La Loire est un fleuve sauvage dont la flore et la faune sont protégées. Les îles accueillent les nids des oiseaux, Mickaël nous explique que c'est la raison pour laquelle il prend de la hauteur maintenant, pour ne pas les déranger. Ses copains de la Maison de la Loire l'ont initié à l'observation de cette biodiversité. Il nous invite d'ailleurs à aller visiter leur espace dès notre retour sur terre.



De l'autre côté du fleuve, un village typiquement ligérien s'étire le long de la berge : c'est Saint-Dyé sur Loire, le port de Chambord. Un village ancestral qui vit passer des milliers de bateaux à fond plat, les toues et futreaux qui remontaient la Loire pour livrer les matériaux destinés au chantier du château. Les platanes du quai de St Dyé s'illuminent car le soleil est tout à fait levé à présent. Le clocher de l'église guide nos regards vers un paysage extraordinaire : au-delà du village, la forêt vert sombre de la Sologne toute proche est percée d'un incroyable joyau qui se dresse au milieu des arbres : le château de Chambord et ses dizaines de cheminées blanches et ouvragées nous salue. Quel spectacle ! Construit il y a 500 ans par la volonté du roi François Ier et réalisé en partie sur les plans de Léonard de Vinci, ce château prestigieux est une merveille au milieu d'un écrin de verdure. Il mérite bien son statut de château royal d'exception. Depuis la montgolfière on profite du spectacle. Les appareils photos crépitent.



Le val, lit majeur de la Loire, une terre de cultures étonnantes

Nous voilà dans le val, le lit majeur de la Loire est cultivé depuis des siècles par l'homme. Les chemins suivent les courbes du relief, quelques bois encadrent des parcelles larges où, nous apprend notre pilote-guide, des cultures étonnantes sont produites depuis des décennies : asperges de Vineuil, ignames de Saint-Claude de Diray, vignes réputées sur le coteau au cœur de closeries aux hauts murs de protection. Aujourd'hui le maraîchage s'est tourné vers l'agriculture biologique. Nous observons les chapeaux pointus des ouvriers agricoles venus travailler à la fraîche dans les champs. Certains se redressent et nous saluent d'un grand geste des bras. En retour nous leur crions des "bonjour" en agitant les mains. Ça plaît bien aux enfants !

Entre le fleuve et ces champs, cette digue (empruntée en voiture sans savoir en arrivant dans la région) est une levée dont les premières pierres ont été installées dès le XIème siècle. Pour éviter les crues du fleuve et ses ravages, les hommes ont très tôt compris qu'il fallait apprendre à composer avec la nature. Un déversoir à Montlivault permet de laisser échapper l'eau en cas de crue et inonder une partie du val sans causer trop de dommage. Ici, l'activité humaine a su respecter la nature sans trop la contraindre.



Le château de Ménars, merveille d'architecture

Le vent nous emporte tranquillement sur la rive nord, nous traversons à nouveau la Loire. Quel spectacle !

Un superbe château fait face au fleuve. Inconnu pour nous, Mickaël nous apprend qu'il appartenait à la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV qui aménagea l'intérieur dans le meilleur goût du XVIIIème siècle. A sa mort, c'est son frère, le marquis de Marigny, qui, en homme des Lumières avisé, en fit un lieu d'expérimentation paysager : des terrasses, bassins alimentés par des fontaines reliées à des pompes hydrauliques, orangerie, parc à la française. Encadré d'une forêt immense, aujourd'hui séparé par la route nationale, le château de Ménars ne peut être contemplé que du ciel car il est privé et ne se visite pas. Voler en montgolfière réserve ainsi des surprises magiques. Tranquillement, le ballon glisse le long de la façade du château en direction de Blois dont les clochers de la cathédrale et de la basilique pointent vers le ciel alors que la ville est encore embrumée.



Le temps est passé vite à bord de la montgolfière. Notre pilote nous a fait découvrir une région exceptionnelle tout en nous laissant admirer, dans le silence de ce gros ballon flottant, le réveil de la nature.

L'heure de vol touche à sa fin. Il est temps d'atterrir. Les appareils photos sont rangés. Le sol se rapproche, position de sécurité. Mickaël nous parle et nous rassure, attention au premier contact, pliez les genoux pour amortir ! Un deuxième rebond, plus doux, les enfants rient, l'un d'entre-nous a poussé un petit cri de surprise. Il faut dire que retrouver la terre ferme après une expérience aérienne comme celle-ci est inhabituelle. La montgolfière est à l'arrêt. François, l'équipier qui suivait en 4x4 la course du ballon nous a rejoint et s'active pour affaler la voile. Quel merveilleux moment passé dans ce ballon. Un dépaysement total. Nous débarquons un à un. Nous sommes posés dans une jachère, au bord d'un chemin. le soleil nous réchauffe. Il est 7h30 du matin. La journée commence à peine pour la plupart des gens. Mais nous, nous venons de vivre toute une aventure !

Un petit déjeuner nous attend au pied de la nacelle, au milieu de cette nature si douce du val de Loire. Cette fois on a faim et les croissants sont bienvenus. De retour au port de la Creusille à Blois, nous nous disons au revoir. 3h30 sont passées. Un voyage magique et inoubliable s'est inscrit dans nos mémoires.